LES « BLACK PROGRAM »: LE PROJET PB SUCCESS

A l’automne de 1953, les décideurs américains, avec les agents de la CIA, étaient à la recherche d’un nouveau programme d’ensemble pour contrer la politique jugée pro-communiste du président Arbenz. Pour les Américains, le leader Guatémaltèque s’était rapproché de plus en plus des communistes. Arbenz avait exproprié une fois de plus la « United Fruit Company » le 25 février 1953, avec la confiscation de 234000 acres. Et avait aussi réprimé l’opposition anti-communiste après un soulèvement avorté dans la ville de Salma. En réponse, le Conseil National de Sécurité avait autorisé une opération d’actions secrètes contre Arbenz, sous la principale responsabilité de la CIA. 

 

Le lancement du projet PBSUCCESS.

Ce projet était en fait la continuité du projet PBFORTUNE, qui avait débuté en 1952 et prendra fin la même année (1). En effet, les responsables Américains voulaient passer à la vitesse supérieure en allant beaucoup plus loin.

La nouvelle Administration Eisenhower estimait que le Guatemala était « en miniature tous les clivages sociaux, les tensions et dilemmes de la société occidentale moderne attaquée par le Virus communiste ». Elle en conlura que « nous devrions considérer le Guatemala comme une zone de prototype pour des moyens d’essai et méthodes de lutte contre le communisme ». Eisenhower choisira cette option, privilégiant l’action clandestine. 

Le 12 août 1953, jour même de la fin officielle du projet PBFORTUNE, le « National Security Council », « Conseil National de Sécurité » (ou NSC), avait autorisé des actions clandestinnes au Guatemala. Le 11 septembre, le « Plan Général d’Action » de PBSUCCESS était proposé et il sera accepté par Frank Wisner de la « Directory Direction of Plan », la « Direction des Plans » qui recommendera son approbation à Allen Dulles, devenu directeur de la CIA. Ce dernier approuvera le projet et allouera un budget de trois millions de dollars pour le programme.

Le plan de la CIA, établi par le service de la CIA de la « Western Hemisphere Division », la « Division de l’Hémisphère Occidental » ou WHD), combinait: la guerre psychologique, les actions économiques, diplomatiques et paramilitaires contre le Guatemala, et des opérations d’élimination physique seront même prévues. Nommé PBSUCCESS (2), et réalisé en coordination avec le Département d’Etat, l’objectif de ce plan était « de renverser secrètement, et sans effusion de sang, si possible, la menace du gouvernement communiste actuel contrôlé du Guatemala ». Dans les grandes lignes le but était de remplacer des communistes et sympathisans de gauche par des personnes pro-Américaines, après un coup d’état. 

En raison de la nature de l’opération, son organisation a été mise en place séparément des autres activités de la Direction des Plans de la CIA. Elle aura une chaîne de commandement distincte et ses propres moyens de communications. Le dissident Castillo Armas avait été choisi en 1952 en remplacement d’Arbenz et ce choix sera approuvé. Sa carrière militaire, sa réputation honnête, son image de héros populaire, faisait de lui un bon choix pour conduire l’invasion. Armas recevra d’énormes quantités de matériel et une aide des Etats-Unis, aussi bein militaire que financière. Des mercenaires étaient envoyés dans des bases au Honduras et au Nicaragua, avec lesquels les Etats-Unis avaient signé des accords militaires en mai 1954. Plusieurs avions ont également été envoyés au Honduras (deux seront perdus lors de l’invasion). Dans ses mémoires, Eisenhower dira avoir parlé avec Dulles sur l’opportunité de lui retirer les avions. Mais le sous-directeur de la CIA lui dit que s’il le fasait, l’opération échouerait, et le président se rangea à son avis.

Allan Dulles avait placé en charge de PBSUCCESS, Frank Wisner, un officier de haut niveau de la « Directory Direction of Plan », « Directoire de la Direction des Plans », (DDP), en lui demandant d’établir une station temporaire (nom de code « Lincoln »), afin de coordonner la planification et l’exécution de PBSUCCESS. « Lincoln », désignait en fait le quartier général de toute l’opération PBSUCCESS, constitué d’un personnel de la « Western Hemisphere Division » et dirigé par J. C. King, le chef de la WHD. Cette station provisoire de la CIA basée en Floride ouvrira le 23 décembre 1953.

Le 25 janvier 1954, le gouvernement Arbenz avait commencé à arrêter des opposants au régime et le 29 janvier, avait fait des déclarations publiques, en accusant les Etats-Unis de superviser en sous-main un projet d’invasion du pays. Dans ces déclarations, étaient contenues des détails substenciels du programme PBSUCCESS (on a jamais su d’où avaient pu provenir ces fuites). A cause des ces « fuites », J.C. King effleura l’idée d’abandonner l’opération, par plus de prudence, de peur de futures problématiques répercussions. Et pour sécuriser encore plus le programme qui était déjà classé « Secret », le Secrétaire d’Etat-adjoint H. Holland suggérera à Allen Dulles le 10 avril le classement « Top Secret » du projet PBSUCCESS. Mais le classement à un niveau supérieur ne se fera finalement pas.

 

Les projets KUFIRE et KUGOWN.

Deux opérations – des sous-projets de PBSUCCESS – verront le jour: Un programme de renseignement avec KUFIRE et un programme de propagande avec KUGOWN.

KUFIRE était le nom de code du programme pour identifier, indépendamment de leur nationalité, tous les membres du parti communiste, militants et sympathisants qui avaient afflués au Guatemala. Ces militants étaient censés retourner dans leur pays d’origine ou vers des pays connus pour leur politique d’asile libérale, comme le Mexique. Une fois en lieux sûrs, ces militants reprendraient sûrement leurs actions pro-communistes. Avec l’opération KUFIRE, la CIA avait l’intention de tracer leurs mouvements et de s’assurer de leur surveillance. Dans le but de pouvoir plus tard contrecarrer leurs plans. Voici un exemple de rapport de KUFIRE de la période du 26 mars au 9 avril 1954, parvenue à la CIA pendant l’opération (Lien). 

KUGOWN était le nom de code du programme pour désigner la composante de la propagande dans le vaste programme de guerre psychologique. Pendant PBSUCCESS, les objectifs de KUGOWN étaient au départ le régime Arbenz, pour continuer avec le Guatemala dans son ensemble, pour s’étendre par la suite aux voisins d’Amérique centrale, et tous les autres pays d’Amérique du Sud (en commencant par las pays non alignés et ensuite ceux de l’Alliance Occidentale). 

 

Les différentes opérations de « Guerre Psychologique ».

Parralèllement aux opérations parmilitaires pour renverser le gouvernement Arbenz (prendre le pouvoir sur le terrain par des forces armées), un programme intensif de « guerre psychologique » avait été prévu. Utilisant les réseaux dissidents de communications anti-communiste présents au Guatemala, le « Chief of Political and psychological Opérations », le « Chef des Opérations Politiques et psychologiques », basé à la station Lincoln, avait développé une vaste campagne de propagande contre le gouvernement en place.

Une partie du programme incluait l’envoi de « faire-parts de deuil », des avis de décès nominatifs à chacun des grands leaders communistes. Ces cartes indiquaient une « épuration ou exécution » de différents communistes à travers le monde, laissant entendre une fin funeste imminente pour les personnes à qui ces faire-parts de deuil étaient adressés. Des lettres de menaces de mort avaient seulement été envoyées directement à des communistes du Guatemala. C’était la station de Guatemala City (nom de code « Adam ») qui s’était occupée de réaliser ces lettres.

La « guerre des nerfs contre les individus », ainsi qu’elle était appelée, incluait encore l’envoi de cercueils en bois, de noeuds coulants de cordes de pendus, et de bombes factices à une selection de communistes. Les slogans « ici vit un espion » et « Vous n’avez plus que cinq jours seulement » étaient aussi peint sur les murs de leurs maisons. Les dissidents anti-communistes voyaient des ces actions, un moyen de saper le moral et un moyen positif de résistance de leur mouvement contre des leaders gauchistes du Guatemala. Les responsables de la dissidence avaient aussi appelé à la formation de groupes d’actions clandestinnes violentes et d’actes illégales contre le gouvernement.

La station de la CIA de Lincoln cautionnait totalement ces activités subversives des leaders dissidents. Cependant, ces techniques avaient été élaborées uniquement pour détruire l’utilité d’une personne. Par « détruire », Lincoln avait bien précisé « Nous ne voulons pas détruire l’homme », par un câble pour le leaders des dissidents. Et en réponse à des propositions d’élimination de leaders communistes, elle avait bien indiqué au groupe de Guatemala City que ceux qui avaient reçu des faire-parts de deuil ou des menaces de mort, ne devaient pas être tués, afin d’éviter des actions de représailles qui auraient alors provoquées des problèmes. Et que le but du plan était bien de « faire peur et non de tuer », mais en leur disant que Lincoln continuerait à étudier leurs suggestions pour une utilisation actuelle ou dans le futur.

 

Le Programme K.

Il y aura aussi, toujours dans le cadre de mesures de guerre pschologique, un « Programme K », visant à pousser à une révolte au sein de l’armée Guatemaltèque contre le pouvoir (ou tout-au-moins inciter à des désertions), pour soutenir ou rejoindre les force paramilitaires de Castillo Armas. Mais au sein de l’armée ce programme n’aura pas le succès escompté. Le seul militaire qui fera défection sera le Chef d’Etat-Major de l’armée de l’air, le général Rodolfo Mendoza Azurdia qui était alors à la retraite, et qui quittera le pays le 5 juin avec un petit avion.

 

Le Projet WASHTUB.

Cette opération, que l’on peut estimer faire partie des opérations de guerre psychologique était prévue pour faire entrer secrètement au Guatemala des armes Soviètiques, stockées en attendant au Nicaragua. C’était pour qu’une fois le pays occupé par les forces de Castillo Armas et la chute du gouvernement Arbenz, les Américains puissent faire croire à la communauté internationale, que le Guatemala avait reçu des armes de l’URSS. Elle commencera le 19 février 1954. Mais à la suite de la saisie deux mois plus tard du bateau le « Alfhem », qui transportait des armes Soviétiques à destination du Guatemala, cette opération d’intoxication, qui avait bien été réalisée sur le terrain n’aura en fait plus lieu d’être.

 

Le Projet SHERWOOD.

Le 1er mai 1954 (jour de la fête nationale), la station de radio financée par la CIA, « La Voz de la Liberacion », « La voix de la libération (VOL), tenue par une équipe du Guatemala exilés à travers les frontières, a commencé sa diffusion. L’opération SHERWOOD comme on l’appelait, était prête dès avril 1954. La station de radio diffusait des messages anti-Arbenz et prétendait être exploitée depuis les jungles du Guatemala. Ce qui était faux, elle émettait depuis Miami. SHERWOOD était dirigée par Tracy Barnes qui appartenait à la WHD. Pour recruter le personnel, il fît appel des des personnes déjà sous contrat avec l’Agence. Comme par exemple un nommé David Atlee philips, qui arrivera en mars 1954. Travaillant officiellement pour une maison d’édition au Chili. Agent de la Hemisphere Western Division, il participera à l’opération. Dans ses mémoires (« La Ronde de Nuit »), il y affirme que SHERWOOD était la clé du succès de PBSUCCESS, en précisant que « en une semaine, il y avait des troubles partout ». 

Philips participera au projet PBHISTORY en 1954 (lié au programme PBSUCCESS) et après différentes affectations, il dviendra plus tard officier supérieur de l’Agence et deviendra un responsable de l’antenne de la CIA de Mexico. Il aura un rôle dans la manipulation d’Oswald lors de l’assassinat du président Kennedy, puisque ce sera lui qui se chargera de faire circuler les « faux Oswald » un peu partout aux Etats-Unis qui seront rapportés par la suite par plusieurs témoins. Voici la fiche signalétique de Philips déclassifié en 1998, relatant son parcours à la CIA netre 1952 et 1958:

La voix de la libération cessera d’émettre quand l’opération SHERWOOD se terminera le 2 juillet 1954. 

 

L’entrainement des équipes chargées des assassinats.

Bien que l’assassinat n’a pas été mentionné spécifiquement dans le plan global initial, un responsable de la CIA (dont l’identité est toujours censurée aujourd’hui) a demandé le 5 janvier 1954 un document spécial sur « la liquidation de personnel ». Ce document, selon le responsable en question, devait être utilisé pour informer le chef de la formation pour PBSUCCESS, avant son départ, pour commencer la formation des forces de Castillo Armas au Honduras le 10 janvier suivant. Un câble reçu le lendemain demandait l’envoi de 20 silencieux (convertisseurs) pour des carabines de calibre 22. La CIA enverra les carbines et les silencieux. Le responsable a également discuté du plan de formation avec l’agent Seekford (agent de liaison entre la CIA et Castillo Amas) le 13 janvier 1954, en indiquant qu’il voulait qu’il soit formé deux assassins. En outre, il a discuté de ces « spécialistes de l’assassinat » avec Castillo Armas, le 3 février 1954. 

L’idée de la formation d’équipes d’assassinat (appelé groupes « K »), était apparemment déjà à l’initiative de Castillo Armas en 1952. Dans l’adaptation du concept personnel de Castillo Armas, le responsable inclura systématiquement deux spécialistes de l’assassinat dans ses plans de formation. 

La planification de la CIA avec la formation des « groupes K », se fera aussi pour les équipes de sabotage au début de 1954. La mission principale des équipes de sabotage ou « d’équipes de harcèlement » ainsi qu’elles étaient nommées, était d’attaquer les communistes locaux et des biens communistes et d’éviter les attaques sur les forces armées du coup d’état. Un tableau décrivant le plan de l’utilisation de ces équipes de saboteurs des groupes « K », avaient été réparties dans la planification des forces paramilitaires durant tout le printemps 1954. Il y avait en tout 37 saboteurs qui s’entraineront au Nicaragua. Dans un briefing de juin 1954, reprenant les dires de deux responsables de la CIA (identités inconnues) mentionnera que les équipes de sabotage auraient aussi à assassiner des communistes connus une fois que l’opération d’invasion aurait commencé. Il y avait donc des équipes d’assassinat proprement-dit, et des équipes de saboteurs, qui deviendraient des assassins à leur tour. 

Dans le projet PBSUCCESS, un agent de la CIA nommé David Sanchez Morales sera engagé (3). On ne sait pas si il faisait partie des « équipes K » ou s’il participa à leur formation, mais c’est possible. Un Mémorandum manuscrit de la CIA de février 1964 (document déclassifié en 1998) indique: « 1. Sujet qui a travaillé sur PBSUCCESS de octobre 1953 à août 1954 – Homme excellent » et « 2. Oralement suggestion de l’enregistrer sous « autorité interimaire » depuis cette date » (document ci-dessous).

 

La liste des personnes à assassiner.

Lors d’une réunion hebdomadaire du projet au Quartier Général de la CIA le 9 mars 1954, il sera considéré l’élimination de 15-20 des principaux dirigeants communistes du Guatemala, par les hommes de main (appelés « pistoleros » dans les documents) formés par Trujillo. On ne connait pas l’identité exacte de ceux qui participaient à cette réunion, mais parmi les personnes présentes il y avait un membre des Opérations de la Direction des Plans accompagné de représentants du Département d’Etat.

L’un des participants s’adressa au groupe en indiquant clairement que « ces éliminations faisaient partie du plan et qu’elles pouvaient être réalisées », en réponse à ceux qui s’opposaient à cette possibilité à ce moment. Cependant, quelqu’un exprima l’avis que s’abstenir de frapper les dirigeants Communistes pourrait permettre à l’armée de prendre cela en charge elle-même.

A l’issu de la réunion, il s’averra sans doutes possibles – même si son nom est toujours inconnu – qu’il s’agissait bien d’un membre officiel de la CIA, qui avait relancé la discussion concernant l’option d’assassinat. Le 25 mars, cet officiel de l’Agence, aborda le sujet avec un individu (identité inconnue), qui venait juste de revenir d’une réunion de « l’Organisation of American State » (OAS) à Caracas, Venezuela, qui avait voté par 17 voix contre 1, la condamnation du communisme au Guatemala. Et également avec deux autres personnes par la suite, et ces discussions concernant des assassinats feront l’objet d’un mémorandum, qui disait que « même un petit nombre, par exemple 20, serait suffisant ».

Moins d’une semaine plus tard, a eu lieu une rencontre le 31 mars, toujours pour le même sujet (une personne a pris l’avion pour en rencontrer une autre). Les deux personnes qui se sont entretenues sont inconnues et les archives n’en donnent pas la raison précise. Mais dans les grandes lignes, le résulat de la rencontre nous est toutefois connu.

Il était demandé à des officiers de faire une mise à jour et de dresser une nouvelle liste de cibles.

Les critères à inclure dans la nouvelle liste d’élimination, indiquaient que: « les personnes doivent être (1) de haut et dirigeants l’organisation du gouvernement « irrévocablement impliqués dans la doctrine et la politique du communisme ». (2) « et des dirigeants communistes éprouvés » ou (3) les quelques individus au sein du gouvernement et des postes clés militaires d’importance tactique, « dont la suppréssion pour des raisons psychologiques et organisationnelles ou d’autres raisons est obligatoires pour le succès de l’action militaire ». »

Un responsable de la CIA avait cette nouvelle liste avec lui quand il consultera Castillo Armas le 7 avril 1954. Cette rencontre avait apparament pour objet de s’entendre sur l’intégration des opérations d’assassinats dans le plan d’invasion du Guatemala, quand les forces armées de Castillo Armas occuperaient le pays.

Plus tard en avril 1954, la CIA recevra des encouragements pour les plans d’assassinats, venant du Département d’Etat. Toujours dans le but d’aller encore plus loin, il y aura une réunion entre deux officiers de la CIA, qui concluront que « des mesures plus drastiques et définitives pour renverser le gouvernement (au Guatemala) doivent être prises ». Et que, en réponse à la question de savoir si le Guatemaltèque …(passage censuré)… était récupérable, une personne dont l’identité est censurée avait répondu par la négative et a suggéré « il sera éliminé ».

Toujours au mois d’avril, en plus de la liste de noms, une liste des adresses des domiciles des cibles avait été faite.

Ce sera dans la proposition d’un mémorandum du 16 mai 1954, que les opérations d’assassinats seront incoporées dans le cadre des opérations de guerre psychologique. Dans ce mémo, l’officier qui l’avait rédigé, avait défini un programme d’assassinat spécifique, jusqu’au « D-Day » (Jour-J, le jour de l’invasion du Guatemala par les forces papramilitaires de Castillo Armas). Le programme devait suivre un calendrier bien précis. Assez difficile de s’en faire une idée précise, à cause du nombre de passages censurés, au sujet des lieux et des noms des personnes visées.

Le 21 mai, il arrivera à la CIA une demande de permission par un officier, de pouvoir soumettre des suggestions, avec des personnalités spécifiques à être ciblées. Aucune réponse ne viendra du siège de la CIA pour cette requête. Le 1er juin, il y aura encore une réunion durant laquelle plusieurs intervenants, suggereront que les opérations d’assassinat seraient « une approche alternative à l’action du programme paramilitaire » et que « la possibilité de l’assassinat politique devait être attentivement élaborée et efficace ».

En définitive, la suggestion discutée les 1 et 2 juin de cette « possibilité », sera écartée dans un futur immédiat. La raison invoquée était que, agir de telle manière pourrait à terme avoir en fait un effet non productif.

Cela qui semble avoir été la fin d’une planification sérieuse à Washington pour sélectionner et inclure des propositions d’assassinats pour le projet PBSUCCESS.

Il y aura un mémorandum concernant les critères à retenir pour aider au choix des leaders communistes à faire figurer sur la liste (donc à supprimer), intitulé « Selection  of individuals for disposal by Junta Group », daté du 31 mars 1954 (Lien).

 

La rédaction d’un « Manuel d’Assassinat » pour les agents de la CIA.

Ce document non signé et non daté (date de publication estimée: 31 décembre 1953) de 19 pages est un dossier dactylographié qui faisait partie d’une collection de documents de la CIA concernant les Opérations PBFORTUNE et PBSUCCESS et ont été déclassifiés par la loi FOIA, « Freedom of Information Act », le 15 mai 1997. Voici le document original au format PDF, consultable sur le site « George Washington University’s National Security Archive » (www.gwu.edu/~nsarchiv/), un des sites des archives nationales Américaines (Lien).(4)

 

L’opération du coup d’état sur le terrain.

Arbenz accepta l’aide des Soviétiques, qui lui feront parvenir des armes via la Tchécoslovaquie, sur un bateau immatriculé sous pavillon Suédois, le « Alfhem ». Deux mille tonnes d’armes avaient été payées 4.860.000 dollars par la banque du Guatemala, les fonds transitant par l’Union des Banques Suisses, jusqu’au compte de la firme Tchèque « Investa ». La CIA et le Département connaissait l’expédition. Wisner était d’accord au début du mois d’avril 1954 pour laisser le bateau suivre sa route pendant un certain temps, jusqu’à ce que l’exposition publique de cette fourniture d’armes serait plus compromettante pour le Guatemala. Le bateau est arrivé à Puerto Barrios le 15 mai 1954 et des agents de la CIA l’attendaient. Wisner avait pensé à une opération de sabotage pour couler le bateau, mais pour plus de sûreté, John Foster Dulles conseilla de saisir tout simplement la cargaison. Les Américains mirent donc la main sur le bateau et sa cargaison d’armes.

Le 17 mai 1954, Allen Dulles avait volontairement exagéré la taille de la cargaison en disant qu’elle triplerait la taille de l’armée Guatemaltèque. Tandis que SHERWOOD, en essayant de provoquer une rupture entre Arbenz et l’armée, avait raconté que les armes étaient destinées à des milices ouvrières. Cela découragea beaucoup le président Arbenz. L’agence American Presse rédigea un dépêche, celle-ci déclarait: « le choquant transfert des preuves que les Soviétiques et les communistes ont l’intention de prendre en charge le Guatemala complètement ». Après cet incident, l’intimidation contre le gouvernement a également été renforcée, en allant dans les limites de ce que permettait le droit international et le respect des échanges diplomatiques. Ce sera là une autre opération, qui apportera son soutien au projet PBSUCCESS. L’Opération HARDROCK BAKER de l’US Navy sera lancée le 24 mai 1954. Elle fera le blocus maritime du Guatemala avec une recherche de tous les navires qui tenteraient de briser le blocus. Si tel était le cas, ceux-ci seraient arraisonnés par la marine Américaine. 

 

Le naufrage du Springfjord.

Ce blocus a presque conduit à une énorme crise diplomatique, lorsque le  27 juin, le navire Britanique de transport de marchandises, « SS Springfjord », fût bombardé par un avion – tout d’abord non identifié – dans le port de San José. L’enquête établira par la suite qu’il s’agissait en fait d’un avion des forces de Castillo Armas qui, pour l’empêcher de briser le blocus, l’avait bombardé. Et c’était la Station de Lincoln qui avait donné l’ordre de couler le navire (au mépris total des plans initiaux de la CIA et de l’US Navy). Heureusement, il a coulé très lentement et tout l’équipage pourra être sauvé. Mais cet épisode causa une véritable crise entre les Etats-Unis et le Royaume-Uni, parce que ce navire transportant 976 ballots de coton, naviguait sous pavillon Britannique. L’affaire sera plus ou moins relativisée de son mieux par Churchill et auprès de l’opinion publique, ce sera présenté comme un incident entre Armas et les autorités Anglaises. La CIA, pour réparer la bavure, paiera à l’armateur dans son intégralité la somme de 1,5 millions de dollars pour rembourser la perte du bateau. L’événement montrera à Eisenhower qu’il fallait appliquer des directives plus strictes au sujet des activités clandestines. Mais le naufrage du « Springfjord » eu une effet psychologique déterminant sur l’armée Guatémaltèque, qui devint de plus en plus contre Arbenz.

Cette affaire fera l’objet d’un Mémorandum de la CIA du 1er juillet 1955, qui sera déclassifié en 2003 (Lien).

 

Les opérations paramilitaires.

Les forces paramilitaires commandées par Armas, représentant seulement 480 hommes formés rapidement en quelques mois à partir de la mi-mars 1954, ont franchies la frontière du Guatemala le 18 juin 1954 à sept heures du matin. Les forces étaient divisées en plusieurs groupes. La plus grande partie avancera de six miles dans le pays et s’arrêtèrent à l’église du Christe Noir, où ils sont restés jusqu’à la démission du président Arbenz. Lincoln (le QG de la CIA pour PBSUCCESS), verra dans l’interval ses moyens de communications radios avec les forces rebelles perturbé. Les informations ne passaient plus aussi bien et les rebels ne savaient pas ou peu de choses sur ce qui se passait. Des rumeurs commencerons à se propager. En fait, Arbenz, avait de son côté décidé de faire un blackout complet des diffusions des communications radios dans tout le pays, pour mettre fin à la radio clandestinne de la CIA, « La Voix de la Libération ». Mais cette censure ne fit que le faire encore plus mal voir de la population.

Les rebels subiront deux défaites. L’une à Gualan le 20 juin (ou le chef Esquipulas sera capturé) et une autre encore plus désastreuse le 21 juin à Puerto Barrios.

La force aérienne de Armas, était composée seulement de six chasseurs-bombardiers P-47 Thunderbolt, un chasseur P-38 Ligthning, trois avions de transport C-47 et deux Cessna. Elle avait déjà lâché des tracts pro-Castillo Armas le 26 mai au-dessus de la capitale. Elle aura un très fort effet psychologique avec des bombardements par la suite. Les pilotes, sous contrat avec la CIA, survoleront les alentours de Guatemala City en y lâchant des bâtons de dynamite un peu partout. Dans le même temps, la « Voix de la Libération » se mettra à raconter que des pilotes de l’armée de l’air Guatemaltèque avaient fait défection vers des pays voisins avec leurs avions (ce qui était faux). Et un faux message avait été enregistré, dans lequel un des pilotes, faisait un appel à la désertion générale pour les autres pilotes. A cause de cela, de peur que ces pilotes quittent le pays avec leurs appareils, Arbenz n’a pas permis le vol d’un seul avion militaire, durant tout le coup d’état. 

En dernier recourt, voyant que tout était perdu, Arbenz pensa alors faire distribuer des armes pour les paysans et la population. Mais l’armée, craigant déjà une défaite pure et simple, y verra son propre statut de force militaire compromis. Les militaires appelèrent Arbenz à la démission. Il démissionna le 27 juin 1954, puis quitta le pays et parti en exil au Méxique. Une junte militaire provisoire dirigée par les officiers Dfaz, Sanchez et Monzon, sera constituée par les militaires. Le 28 juin 1954, ils refuseront de négocier avec Castillo, et seront bomardés par un P-47 quelques heures plus tard qui larguera deux bombes. Le lendemain, Monzon demandera à négocier une réddition, tandis que dans le même temps, la garnison de Zacapa acceptait un cessez le feu séparé avec Armas. Les forces de Armas firent leur entrée dans Guatemala City le 29 juin. Le 1er septembre 1954, Armas devenait président du Guatemala.

Dans la foulée de PBSUCCESS, Frank Wisner avait lancé une nouvelle opération dénommée PBHISTORY, dans le but d’exploiter les documents communistes au Guatemala et aussi déjà tenter de justifier le coup d’état, par une possible implication des Soviétiques dans la politique pro-communiste de Arbenz. 

PBSUCCESS parvint à réaliser son objectif qui était de chasser Arbenz du pouvoir. Mais cela a eu un effet négatif à long terme dans la stabilité d’un gouvernement au Guatemala. Castillo Armas aura une politique désastreuse, qui le conduira à son assassinat le 26 juin 1957. 

Pour un homme encore inconnu, cependant, des leçons seront retenues. Ernesto Guevara, qui était arrivé au Guatemala en février 1954 (accompagné plus tard par Arbenz quand il se rendra au Mexique), écrira dans son livre de souvenir « Carnets de Bolivie »: « J’ai vu la Chute de Jacobo Arbenz »: « La lutte commence maintenant ». Il avait vu de ses yeux ce qu’était capable de réaliser l’impérialisme des Etats-Unis, pour garantir les propres intérêts de sa politique personnelle.

 

(1) Pour plus d’informations, voir « Les Black Program: Le Projet PBFORTUNE ».

(2) Le préfixe « PB » indiquait que l’opération devait être réalisée au Guatemala. En effet, dans la nomenclature de référencement des dénominations de la CIA, chaque pays se voit attribuer un code abrégé. « PB » est celui utilisé pour désigner la république de Guatémala.

(3) David Sanchez Moralès est l’un des tireurs de Dealy Plazza le 22 novembre 1963 lors de l’assassinat du président Kennedy. Pour plus d’informations, voir les quinze articles dans la catégorie « Assassinat de J.F. Kennedy ».

(4) Pour lire la traduction du manuel en Français, voir: « Le Manuel d’Assassinat de la CIA » dans la catégorie « Les Programmes Secrets ».

Sources:

http://actualitedelhistoire.over-blog.com

www.foia.cia.gov;

www2.gwu.edu;

www.maryfarrell.org.