L’OTO d’Aleister Crowley, la gnose de Théléma

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« Ordre des Templiers Orientaux », « O.T.O. » : voilà un nom bien particulier pour un culte de la Bête… Mais c’est intentionnel, car ces trois lettres laissent deviner le secret central du degré avancé, qui est emprunté au Zohar1. Obscur, mais encerclant le globe ; obscur, mais peuplé des hommes et des femmes les plus cultivés du monde ; obscur, mais oeuvrant secrètement à la transformation alchimique de l’humanité : comment se fait-il donc que la masse des gens n’aient jamais entendu parler de l’O.T.O. ? Car ce dernier ne se cache pas complètement. Il est vrai, cependant, qu’il ne se fait pas non plus beaucoup de publicité2 : ses loges n’ont rien à voir avec des édifices imposants tels qu’un temple de rite écossais, qui fourmille de symboles païens, et l’on peut passer devant l’une d’elles sans  rien remarquer.


1 Le Zohar, ou « Livre de la Splendeur », qui est le texte primordial des
kabbalistes, figure au programme des études de judaïsme avancées.
2 À l’âge de l’Internet, on ne compte plus les sites parlant de l’« O.T.O. ». Mais
ils relèvent surtout d’une pratique purement émotionnelle des relations
publiques, et certains sont même gérés par des non-initiés. À quelques notables
exceptions près, les sites Internet affichant le sigle « O.T.O. » et la maxime
« Fais ce que voudras est le tout de la loi » ne sont que du tout-venant à la
petite semaine, et ils servent souvent à embrouiller plus qu’à informer.


 Mais l’ordre sait se rendre accessible à ceux qui le cherchent. Bien que n’ayant pas la maîtrise du monde entier, l’O.T.O. n’en a pas moins « modelé » certains des événements historiques les plus monumentaux du vingtième siècle. Il travaille en silence, comme un cancer invasif, comme un gaz inodore et incolore. À l’instar du Bouc de Mendès1 se glissant dans une chambre à la lumière de la lune, l’O.T.O. s’est insinué dans de nombreux endroits surprenants, et aussi bien littéralement que figurativement, il s’est mis au lit comme un politicien corrompu.

Le culte de l’O.T.O. représente l’essence même, l’ultime cercle intérieur de la franc-maçonnerie ésotérique (bien qu’il faille s’attendre à ce que chaque loge maçonnique ou presque le nie). Or, non seulement les preuves historiques du bien-fondé de cette affirmation sont trop convaincantes pour être ignorées, mais les membres du cercle en question sont au courant du chevauchement des appartenances entre la maçonnerie et l’O.T.O., et ils gardent le secret là-dessus. Un premier contact avec l’O.T.O. peut se nouer à l’occasion de la lecture d’un poème érotique, durant laquelle vos réactions sont observées et jaugées pour voir si l’on peut partager davantage d’informations avec vous. Vous pouvez aussi surprendre, dans un coffee shop2, un membre en train d’en saluer un
1 NdT (d’après Wikipédia) : Le Bouc de Mendès est un des noms donnés à la
représentation du Baphomet par Eliphas Levi au dix-neuvième siècle. C’est un
symbole bien connu en occultisme et dans certaines pratiques satanistes.
2 NdT (d’après Wikipédia) : Un coffee shop est un établissement similaire à un
café, dans lequel on peut acheter et consommer du cannabis sous certaines
conditions strictes. En Europe, ce type d’établissement ne se rencontre pour le
moment qu’aux Pays-Bas, un des seuls pays où la vente et la consommation de
cannabis sont tolérées (sans êtres légalisées), ce qui le rend très attirant aux
yeux des consommateurs de cannabis des pays voisins comme la Belgique,
l’Allemagne ou la France, qui viennent y pratiquer ce qu’on appelle le tourisme
cannabique. autre par la formule thélémique « Fais ce que voudras est le tout de la loi ». Si l’on était autorisé à observer ce qui se passe dans une loge de l’O.T.O. au Japon, au Brésil, en Israël ou au Texas, on pourrait même y assister à des rituels accomplis par des individus initiés également à l’Ordre de la Bête (associé à l’O.T.O.) qu’on appelle Silver Star [étoile d’argent]. On y verrait alors un initié en robe pratiquer le Grand Rituel de l’Hexagramme1, auquel la plupart des maçons n’ont jamais assisté, malgré les claires allusions à la Kabbale qui figurent dans les écrits de leurs propres dirigeants, écrits que le maçon lambda n’étudie jamais2. Les francs-maçons brillants et dévoués à la cause finissent néanmoins par entrer dans l’O.T.O.. Il n’y a pour eux, en fait, aucun autre débouché, si ce n’est l’Ordre de l’Étoile d’Argent (Order of the Silver Star), qui présuppose en général une affiliation à l’O.T.O., ou encore – s’ils sont trop délicats – l’Ordre Hermétique de l’Aube Dorée (Hermetic Order of the Golden Dawn).
Faits de base relatifs à l’O.T.O. 1. Charles Manson aurait été affilié à un groupe de Californie du Sud appelé Solar Lodge (loge solaire), dont certains soutiennent qu’il est lié à l’O.T.O.. Mais ce dernier dément une telle relation, et la Solar Lodge est généralement considérée comme une entité plus ou moins renégate. Elle développe des perspectives de fin du monde, préconise le séparatisme blanc et prône le sadomasochisme. Certains auteurs ont écrit, en outre,
1 L’hexagramme, appelé improprement « étoile de David », n’a en fait rien à
voir avec l’ancien Irsaël, le Roi David ou l’Ancien Testament.
2 Communément orthographiée Qabalah au sein de l’O.T.O., l’accent étant mis
sur la pratique de la « magick » et l’adoration de la Déesse. Le mot
s’orthographie cabale (du latin cabala) pour décrire un groupe de conspirateurs,
et dans les milieux rabbiniques, on parle de la Kabbale pour désigner les
enseignements rabbiniques classiques d’Isaac Luria et d’autres « sages »
judaïques. Voir glossaire in fine pour plus amples informations.que ses adeptes se livraient au trafic de drogue, buvaient du sang et abusaient sexuellement d’enfants, allant même jusqu’à les tuer, en partie aux fins de leur programmation et de leur conditionnement psychologiques. L. Ron Hubbard, fondateur de la « Scientologie », a eu l’idée de son « truc » alors qu’il était membre d’une unité californienne de l’O.T.O.. 2. L’O.T.O. est lié au Rite Palladien, saint des saints de la franc-maçonnerie. 3. L’O.T.O. comporte une aile exclusivement ecclésiastique, l’« Église Catholique Gnostique ». La liturgie centrale de l’O.T.O. est la « messe » gnostique composée par Aleister Crowley. Ce rite est célébré dans le monde entier, chaque dimanche à la nuit tombante, par une prêtresse trônant nue sur un autel (si l’on suit scrupuleusement les rubriques de Crowley). Ce n’est pas à proprement parler une « messe noire » ; on a donc appelé cela une « messe grise »1. Certains membres de l’O.T.O.

ont été les promoteurs de l’« amour homme/garçon ». Le « sexologue » immensément influent Alfred Kinsey (1894-1956) – auteur de l’ouvrage Le comportement sexuel de l’homme, devenu la fondement de l’éducation sexuelle moderne et, partant, le facteur d’une grave érosion de la moralité traditionnelle américaine – était un pédéraste qui s’est servi de centaines d’enfants dans le cadre d’actes sexuels motivés par ses fameuses « recherches médicales »2. Kinsey citait Crowley comme une de ses grandes
1 La messe gnostique n’est pas la « messe noire » au sens satanique du terme,
dans laquelle on inverse les rubriques de la messe catholique romaine. Elle
déguise ses invocations à Satan sous des noms dont l’initié découvre ensuite
qu’ils sont synonymes de Satan. En ce sens, certains l’ont appelée « messe
grise » à cause de son caractère trompeur plutôt qu’ouvertement diabolique.
2 Cf. Judith Reisman, Kinsey : Crimes & Consequences. Kinsey « a établi des
rapports d’observation, par chronométrage, du temps d’arrivée de l’orgasme
chez 1.888 garçons d’âge compris entre cinq mois et l’adolescence, ainsi que
chez 147 pré-adolescentes ».

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 sources d’inspiration, et il séjournait à l’« abbaye de Thélème » de celui-ci. Il a été glorifié dans un film hollywoodien de 2004 réalisé dans les studios de la Fox, propriété du magnat de la presse Rupert Murdoch.

. L’O.T.O. est parvenu à s’insinuer dans l’Église catholique romaine, son ennemie de toujours. Il la méprise parce qu’elle préserve les messages du Christ crucifié, dont il fait piétiner l’image dans le rite de son cinquième degré, celui du « Prince souverain de la Rose-Croix ». L’O.T.O. entretient un mélange alchimique et schizophrène de crainte révérencielle vis-à- vis du rituel catholique traditionnel et d’antagonisme à l’égard de Rome, tout en s’intéressant hautement à l’orientation de l’Église catholique et en cherchant à l’infléchir chaque fois que c’est possible. 6. Après la mort en 1903 du Pape Léon XIII, antifranc-maçon à toute épreuve,

l’O.T.O. faillit obtenir un pape issu de ses rangs en la personne du cardinal Mariano Rampolla del Tindaro (1843-1913), Secrétaire d’État du Vatican et membre secret de l’Académie maçonnique, dont l’élection au Trône de Pierre fut stoppée par un veto émis in extremis. Ce veto fut suscité par un grand expert catholique de la conspiration occulte, Monseigneur Ernest Jouin, prélat français, qui convainquit l’Empereur d’Autriche François-Joseph (avec l’aide du cardinal Jan Puzyna, évêque de Cracovie) de l’appartenance du cardinal Rampolla à l’O.T.O. ; ce qu’apprenant, l’Empereur invoqua une loi ancienne pour que soit annulée l’élection de Rampolla. 

L’O.T.O. a contribué à répandre parmi les jeunes l’enthousiasme pour la « Wicca » – qui est une « magie blanche » ou une « sorcellerie blanche » – en pompant une grande partie de l’énergie et de l’élan du mouvement New Age afin de préparer le terrain à l’acceptation du concept de « bon sorcier » tel qu’il est exprimé dans les romans à grand succès de Harry Potter.

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Aleister Crowley, agent de renseignement britannique et chef de l’O.T.O., et son secrétaire judaïque Israel Regudy (alias Regardie) ont puissamment contribué à favoriser l’obsession de la Kabbale, qui a abouti à l’explosion contemporaine d’intérêt pour cette dernière parmi des célébrités comme les chanteuses Madonna et Britney Spears. 9. Sa totale dépravation et sa poursuite d’un dessein occulte sont le signe d’une démence qui frappe les observateurs objectifs de l’O.T.O., mais celui-ci n’en gère pas moins cette démence de façon méthodique. Ainsi entretient-il des liens avec les sphères gouvernementales les plus élevées de l’Occident ; par exemple, le bras droit d’Aleister Crowley n’était autre que leMajor-General John Frederick Charles Fuller (1878-1966), l’un des plus grands stratèges militaires de l’ère moderne. Aux Etats-Unis, John Whiteside Parsons, principal expert des fusées au Jet Propulsion Laboratory (situé à Pasadena, en Californie), a dirigé pendant plusieurs années la branche californienne de l’O.T.O.. Il a contribué à jeter les fondations du programme spatial et des vols lunaires en tant qu’« acte de magie rituelle ». Les rites de l’O.T.O. fondés sur le sexe et la mort sont accomplis partout aux Etats-Unis, y compris les folles cérémonies de magica sexualis organisées à l’observatoire du Mont Palomar et auxquelles participent – selon feu James Shelby Downard – des agents des services secrets et du FBI, qui s’y sont livrés à des rites sexuels avec l’ex-épouse de Downard, tous les participants étant immergés dans la lumière de l’étoile Sirius (de la constellationCanis Major), que diffusait le télescope de cinq mètres de diamètre. (Sirius était l’objet de vénération suprême de la religion officielle de l’Égypte ancienne.) 10. Fort de son énorme influence sur l’élite, l’O.T.O. a inauguré et bétonné la transformation des masses en agissant sur Hollywood, sur le monde international des affaires et au sein du gouvernement américain, de même qu’en répandant l’« énergie de Satan » dans toute la planète, selon les propres termes de « Frater Aussik 400 » (alias Kenneth Grant), chef extérieur de l’Ordo Templi Orientis. Aux yeux de l’O.T.O., le dieu Horus est sur nous ; autrement dit, la démence démoniaque de cet ordre constitue à présent la norme culturelle reconnue, et ce sont ses initiés qui nous dirigent désormais.

 « … que le sang coule en l’honneur de mon nom. » Ce qui oppose tout d’abord l’O.T.O. à notre culture tient à la fusion, en son sein, d’une affirmation apparente de la vie et d’une profonde fascination pour le sang. Dans ses documents officiels, l’O.T.O. exige de façon répétée – avec explications à la clé – des sacrifices sanglants. Ainsi, dans sa principale « écriture »,The Book of the Law (Le Livre de la Loi), il stipule ceci : « Adorezmoi avec le feu et le sang […] que le sang coule en l’honneur de mon nom […] Sacrifiez du bétail, petit et gros ; ensuite, un enfant […] Tuez et torturez ; n’épargnez pas ; attaquez-les ! […]

Le meilleur sang est celui de la lune, le sang menstruel ; puis, le sang frais d’un enfant […] puis, celui des ennemis […] Brûlez-le ; faites-en des gâteaux et mangez-les en mon nom […] En outre, manger cela fera naître en vous le désir et la puissance. » L’œuvre majeure d’Aleister Crowley, donc de l’O.T.O., est le volumineux ouvrage intitulé Magick, que diffusent toutes les chaînes de librairies. Dans ce livre de la taille d’une Bible familiale, le chapitre intitulé « Of the Bloody Sacrifice, and of MattersCognate » (Du sacrifice sanglant et des matières apparentées) proclame que « L’animal doit donc être tué à l’intérieur du Cercle – ou du Triangle, le cas échéant – afin que son énergie ne puisse s’échapper […] Pour obtenir une efficacité spirituelle maximale, il faut donc choisir la victime ayant en elle la force la plus grande et1 NdT (d’après Wikipédia) : Baphomet est le nom donné par certainsoccultistes du dix-neuvième siècle à l’idole mystérieuse que les chevaliers del’ordre du Temple furent accusés de vénérer. Le plus souvent représentée avecla tête d’un bouc ou d’un homme barbu, l’idole était vénérée, mais égalementcrainte pour sa laideur.

la plus pure. Un enfant mâle d’innocence parfaite et de vive intelligence est la victime la plus satisfaisante et la plus appropriée […] Toutefois, la méthode de mise à mort est pratiquement invariable : l’animal doit être frappé au cœur ou avoir la gorge tranchée, avec un couteau dans les deux cas. Toute autre méthode de mise à mort est moins efficace ; même en cas de crucifixion, la mort est donnée par le poignard. » Cette allusion aux sacrifices sanglants est loin d’être la seule que contiennent les écrits du chef de l’O.T.O.. Dans les instructions secrètes que reçoit tout candidat à l’initiation au huitième degré, l’intéressé se voit remettre un traité intitulé « Ofthe Rites of Blood » (Des rites du sang »), où il peut lire ceci : « On dit qu’il existe une secte de Juifs religieux appelés Hassidim, qui pratiquent le sacrifice humain. Parmi les Gentils, ils prélèvent de préférence un enfant, mais aussi un adulte, et le mettent solennellement à mort de telle sorte que pas une seule goutte de son sang ne se perde, de crainte que l’esprit de la victime n’échappe à l’Exorciste en se réfugiant dans cette goutte. Car une fois que l’esprit de la victime est scellé dans le sang répandu et recueilli, il prend place dans chaque atome de ce sang, de même qu’à la Messe, on dit que le Corps du Christ est intégralement contenu dans chaque miette de l’hostie consacrée et que Son Sang est intégralement contenu dans chaque goutte du vin consacré, avec la même efficacité partout et pour tous. » Crowley a fait l’objet de graves condamnations pour avoir répété ce que l’on dénonce fréquemment aujourd’hui comme constituant une « diffamation du sang » à l’encontre des rabbins orthodoxes, mais il n’avait aucune volonté de diffamation ; il disposait, en fait, d’informations – émanant peut-être de Sir Richard Francis Burton1 – selon lesquelles une secte judaïque se1 NdT (d’après Wikipédia) :

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Le capitaine Sir Richard Francis Burton (1821-1890) était un érudit britannique. Il fut tour à tour officier, escrimeur,explorateur, écrivain et poète, traducteur, linguiste, orientaliste, maître soufi livrait bel et bien à des sacrifices humains.

Dans son introduction au Sepher Sephiroth, dictionnaire kabbalistique ajouté par lui à son journal occulte The Equinox, Crowley écrit ceci : « Les Juifs d’Europe orientale pratiquent aujourd’hui encore des sacrifices humains, ainsi que feu Sir Richard Burton l’a exposé longuement dans son manuscrit. Et cette information, les Juifs riches d’Angleterre ont remué ciel et terre pour l’étouffer… »Un philosophe du meurtre rituel Il ne fait aucun doute que Crowley croyait en l’efficacité du sacrifice humain ; trop de passages de son œuvre le prouvent pour qu’on puisse le nier. Dans son ouvrage intitulé The Visionand the Voice (La vision et la voix)1, on peut lire cette note en bas de page originale, qui relève du rite de bandage des yeux : « Le “sacrifice sanglant” est généralement considéré comme ressortissant à la “magie noire”. Mais tout dépend de la formule employée par le magicien. Un meurtre est toujours répréhensible, même en cas de nécessité, n’était la Formule de l’Évolution. On doit assumer en son Être propre, solennellement, le karma tout entier de la créature mise à mort, érigeant ainsi cette dernière en une structure organique supérieure et l’aidant de la sorte à accomplir sa Véritable Aspiration à une Forme de Vie plus élevée. C’est là, bien entendu, une méthode de travail grossièrement matérielle, mais c’est la seule disponible en pareil cas. L’animal est de toute façon voué à la mort… »

Dans le même ouvrage, on peut lire également ceci : « Le Rite suprême consisterait à procurer un orgasme à la victime à l’instant de sa mort. On atteindrait là au sommet de l’Art magique. Il serait préférable encore de sacrifier une jeune fille,ethnologue, diplomate et expérimentateur passionné de la plupart desperversions humaines.1 Aleister Crowley et al., The Vision and the Voice (York Beach, Maine, SamuelWeiser, 1998) consentante de préférence. Après l’avoir violée, on devrait non pas manger son corps, mais en faire neuf morceaux : tête, bras, jambes, tronc découpé en quatre parties. Il conviendrait d’inscrire sur la peau les noms des dieux appropriés, puis les bras devraient ensuite être écorchés et brûlés […] Ce Rite serait à accomplir non pas de manière ordinaire, mais en de rares occasions, et seulement au service de grands desseins ; Il ne devrait être révélé à personne. » Lisons, en outre, ce passage extrait d’un autre texte officiel d’Aleister Crowley : « Une nouvelle fois, le maître prononcera les douces paroles de son choix, et avec un accompagnement musical et autre, il fera s’avancer la victime. De même, il sacrifiera un jeune enfant sur l’autel, et le sang couvrira l’autel d’un parfum digne des roses. » L’O.T.O. nie qu’aucun de ces passages ait trait à un meurtre ou sacrifice humain. Et il ne ment pas tout à fait en laissant entendre que cela renvoie à la physiologie de la menstruation féminine. Les secrets de ses degrés supérieurs comportent, en effet, l’emploi d’une « Femme Écarlate » dont l’Elixir Rubeus est considéré comme l’émanation de Babalon (mot par lequel il désigne la « prostituée de Babylone » mentionnée dans la Bible) et constitue à ce titre une matière importante pour l’initié, qui consomme cette mixture en tant que « sacrement ». L’un des rituels ordinaires de l’O.T.O. comporte la crucifixion d’un crapaud auparavant baptisé du nom de Jésus : « Vois, Jésus de Nazareth, comme tu as été pris à mon piège […] de même que je t’oblitère de la surface de cette terre, de même assurément passera l’éclipse […] Je […] te condamne donc, Jésus, Dieu-Esclave, à être tourné en dérision, couvert de crachats, fouetté, puis crucifié. » Ensuite, le crapaud est torturé et finalement poignardé.

Il va de soi que l’on ne saurait écarter comme purement figuratives toutes les allusions aux sacrifices sanglants qui se rencontrent dans la littérature de la « Crowleyanité ». On sait, par exemple, que Crowley a sacrifié un bouc alors que ce dernier copulait avec sa maîtresse Leah Hirsig ; Crowley lui trancha la gorge, et Hirsig eut le dos éclaboussé de sang. On approche de la vérité en se rendant compte qu’à la « messe » gnostique célébrée chaque samedi soir, la « communion » consiste en un mélange de miel, de blé et de sang, parfois menstruel, d’autres fois non. Où donc se procure-t-on ce sang ? On se sert d’« animaux », bien sûr, mais il existe d’autres possibilités. Comme il est écrit dans le « Livre de la loi » : « Le meilleur sang est celui de la lune, le sang menstruel ; puis, le sang frais d’un enfant […] Sacrifiez du bétail, petit et gros : ensuite, un enfant. » Un examen minutieux s’imposerait pour déterminer si l’O.T.O. pratique ou non le sacrifice sanglant d’êtres humains au sens littéral, communément admis de l’expression. Cette pratique n’est certes ni officielle, ni officiellement tolérée. Seules s’y livrent peut-être des personnes instables qui prennent Crowley au mot et donnent libre cours aux impulsions qu’il a approuvées.

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Le massacre particulièrement sauvage dont l’actrice Sharon Tate et quatre autres personnes furent victimes le 9 août 1969 a horrifié cette année-là le monde entier. Les abominables détails de ces assassinats sont bien connus ; entre autres, l’enfant que l’actrice portait en son sein fut poignardé, et l’on pouvait lire, barbouillé sur le mur avec le sang des victimes, Helter Skelter, titre d’une chanson composée par les Beatles un an après qu’ils eurent ressuscité l’intérêt pour Crowley, alors décédé, en plaçant le portrait photographique de celui-ci sur la couverture de leur album Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band. Sharon Tate était l’épouse de Roman Polanski, réalisateur du film « Rosemary’s Baby », dont le scénario porte sur la naissance d’un « enfant de lune » démoniaque. Or, dans une instruction secrète du neuvième degré de l’O.T.O., il est mentionné la création d’un « enfant de lune » (ou homoncule) par la possession démoniaque d’un fœtus lors d’une copulation ritualisée. Pendant les années quarante, Jack Parsons, chef de l’O.T.O. pour la Californie du Sud, dont la loge entretenait des liens étroits avec les milieux hollywoodiens, s’est donné beaucoup de peine pour créer un « enfant de lune ». On est fondé, en fait, à percevoir le « bébé de Rosemary » comme l’accomplissement cinématographique du rituel de création d’un homoncule. Il a été écrit, sur les assassinats de la « famille » Manson, de nombreux livres accusant son gourou d’être un tenant du racisme blanc et d’avoir pris trop de drogue. On connaît moins bien, toutefois, ses relations avec la Loge solaire. Or, il se trouve que la loge ayant succédé à celle de Parsons (Agape), située à Pasadena, se trouvait, elle aussi, en Californie du Sud et comptait parmi ses adhérents un jeune homme du nom de Charles Manson. Le dirigeant de l’O.T.O. Grady McMurty (surnommé « Hymenaeus Alpha ») contacta le FBI après l’arrestation de Manson et fit une déposition dont il ressortait que la loge au sein de laquelle Manson avait été initié n’était pas reconnue par l’O.T.O., qu’il ne s’agissait que d’une loge bâtarde et franc-tireuse. Or, cette affirmation prête à controverse, car jusque dans l’un ou l’autre brin du véritable écheveau qu’est l’O.T.O., on pourrait fort bien traiter MacMurty lui-même de bâtard et nier tout à la fois sa légitimité et son autorité. Ces multiples démentis croisés et le chaos qu’ils engendrent servent à déséquilibrer les investigateurs et à faciliter l’avance des processus cryptiques à la faveur de la
désorientation qui s’ensuit. Sous cette houle de surface, la hiérarchie occulte demeure intacte et en parfait état de fonctionnement.

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